Voir Double, portraits

POSTÉ DANS portfolio, portraits 21 août 2012

« Tout a commencé par une image. Un portrait pris au cours d’un travail de commande. Deux jumelles marocaines, dans un restaurant de Montpellier tenu par toute la famille. Je ne sais pourquoi, cette image m’a ému, un mélange de douceur et de force… Je ne pouvais me résoudre à la laisser dormir dans mon ordinateur. Pour la faire exister, la seule solution était de lui adjoindre d’autres images. Et puis l’idée d’une série trottait dans ma tête depuis longtemps, c’était le moment. Je me suis lancé à la poursuite des jumeaux.

Pour commencer, je me suis rendu à Pleucadeuc, ce village breton qui organise chaque 15 août un grand rassemblement de jumeaux. Premiers contacts, réticence, manque de confiance… Les premiers à accepter les prises de vue furent des adolescents ou de jeunes adultes en manque d’images pour leur mur Facebook. Il faut dire que je tenais à réaliser mes portraits au domicile de « mes » jumeaux. Sans doute l’expérience de longues années à travailler pour la presse locale : je sais qu’une personne est véritablement elle-même chez elle, dans son univers. Je voulais qu’ils me laissent entrer chez eux, voir leur « intérieur » et pas seulement leurs visages…

Je n’ai jamais utilisé d’artifice, de mise en scène. Après avoir discuté, fait connaissance, je choisis le cadrage. En une image, j’essaie de traduire la personnalité, le style de vie et surtout le lien si particulier qui unit les jumeaux l’un à l’autre.

J’ai rapidement été fasciné par la gémellité. Deux êtres quasi identiques, deux mêmes visages qui vous font face ont de quoi troubler, surtout un photographe ! Ces deux sœurs, deux frères connaissent une empathie à nulle autre pareille. Combien d’anecdotes ai-je entendues ! A plusieurs kilomètres de distance choisir les mêmes vêtements, ressentir les mêmes symptômes d’une maladie non contagieuse…

Bien souvent, les jumeaux vivent ensemble, ou très proches. Ils éprouvent de réelles difficultés à se séparer, ce qui rend les relations amoureuses délicates. Certains y parviennent, mais s’entraident toujours.

Mais les jumeaux ne sont pas des clones. Même s’ils les cachent souvent par jeu, il existe entre eux d’infimes différences, de subtiles nuances que l’objectif parvient parfois à révéler au spectateur.

Depuis, le bouche à oreille a fonctionné et d’autres jumeaux m’invitent à les photographier chez eux. Je parcours donc la France à moto ou le camping-car à leur rencontre. Ces déplacements sont un aspect primordial de mon travail. Le temps du trajet nourrit mon imaginaire, la moto et le camping-car sont souvent un prétexte facile pour entamer la discussion. Vient ensuite le moment véritable de la rencontre, écouter, provoquer parfois les confidences… Car au cours des années, je me suis rendu compte que mes portraits les plus réussis sont ceux de personnes que, même brièvement, j’ai appris à connaître ».

Propos recueillis par Georges Makowski

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